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Permettez-moi de m’étonner qu’un
ministre, interrogé sur les protestations des professeurs
de philosophie du nord, réponde à cette manifestation
par un « Il en faut pas exagérer » « il
y en a beaucoup qui aimeraient être payés 5 euros la
copie ! ». Comment ? Est-ce sa personne qu’il cherche
à défendre et non pas les valeurs de l‘éducation
nationale ? Vouloir discréditer les professeurs de philosophie
est peut être la réaction d’un homme qui se sent
agressé, mais que dirions-nous d’un commandant qui
voudrait faire passer ses troupes pour des éternels insatisfaits
? Cherche-t-il à défendre des intérêts
personnels au détriment de l’intérêt de
la culture? Est-il hostile à l’esprit critique ?
Oublions l’affront et arrêtons-nous un instant sur son
argumentation : Vous avez moins de temps, mais vous êtes mieux
payés. L’objection est pourtant simple à comprendre
: Etre mieux payé implique-t-il de renoncer à bien
faire notre travail ?
Si le ministre s’intéressait un tant soit peu à
la philosophie, il saurait que reconnaître ses erreurs, c’est
se grandir. S’il ne s’agissait que d’un mouvement
d’orgueil, nous pourrions espérer, qu’avec le
temps, il finirait bien par comprendre qu’un pays qui évalue
trop rapidement ce qui, par nature, exige du temps, perd en dignité.
La vie de l’esprit ne saurait se compresser dans les valeurs
matérielles.
Mais hélas, il est fort possible que le diagnostic de notre
confrère du public, Nicolas Franck s’avère juste
: la philosophie, pensée, comme un enseignement élémentaire
et généraliste serait remis en question (1). La démocratie
n’aurait-elle plus besoin d’esprit critique ? La vie
de l’esprit peut-elle être sacrifiée sur l’autel
du narcissisme devenu roi ?
Frédéric Lair, membre du bureau de
l’ APPEPPB.
(1 ) On peut consulter un article dans le Libé
du 18 Juin ; voir surtout les rapports sur lesquels il s’appuie
pour étayer sa thèse : http://appep-idf.net )
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